Pavillon

Salut à tous!

Je vous présente aujourd’hui mon projet actuel, que je vous décrirai étapes par étapes et de façon plus technique dans les prochaines semaines.

Je sous-loue actuellement un espace de travail au village de Sutton pour y tailler la charpente d’un pavillon de jardin en cèdre et pin. L’étape de la taille, bien qu’étant longue et dynamique, n’est pas la première d’un projet. Celui-ci a débuté à l’automne dernier quand mes clients et moi avons dessiné la structure et que le bois a été acheté. C’est un projet simple, assez typique de ce que nous réalisons habituellement, et ainsi tout s’est fait assez rapidement, mais il faut parfois de nombreux mois de travail avant de passer une commande de matériaux, et, quand la situation le permet, quelques années de séchage pour permettre au bois de se stabiliser avant qu’il soit taillé.

Il s’agit d’une structure carrée de 9 pieds de côté au sol, avec un plancher surélevé et un toit à quatre pentes qui sera couvert de bardeaux de cèdre. Il s’agit d’une version désorientalisée (et même désorientée!) d’un pavillon réalisé en 2014. Nous avons baissé le plancher, équarrit les poteaux, accentué la pente du toit et ôté la courbe de celui-ci. Les quelques détails ornementaux qui s’ajouteront seront aussi dans une esthétique différente. Nous avons gardé la même composition de toit, qui est agréable à regarder d’en dedans comme d’en dehors.  Nous avons aussi conservé des éléments-clés : toit à pentes composées, débords de toit généreux, poutres sablières assez basses, bois fini au rabot.

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Je disais désorienté, car le bâtiment est implanté de biais, de façon à ce que deux des côtés soient ouverts et que les deux autres soient fermés. Comme vous pouvez le voir sur la modélisation, il ne s’agit pas de fermer un mur, mais de condamner l’accès via une pièce de bois horizontale à hauteur d’une main courante. La présence de cette pièce sur deux côtés aux axes différents nous permet de contreventer le bâtiment sans l’utilisation de pièce à angle, communément appelée « jambe de force », ou encore « brace » en anglais. Ces éléments angulés ne me plaisent pas à prime abord, mais il sont parfois complètement inévitables. Il s’agit alors de les intégrer adéquatement, ce qui n’est pas nécessairement facile. Je suis toujours heureux de pouvoir fabriquer une structure libre de jambe de force, j’en fais ma marque de commerce. Dans ce cas particulier, les pièces horizontales pourront servir de supports à un comptoir de frêne sur lequel sera, on l’espère, déposés verres de vins, romans, lunettes de soleil et autres objets agréables.

 

Encore dans le but de contreventer la structure tout en ajoutant à son apparence, le plancher et sa structure sont parties intégrantes du pavillon, c’est-à-dire qu’au lieu de déposer les poteaux sur une terrasse indépendante préfabriquée, ceux-ci sont directement posés sur les pieux de fondation et la structure de la terrasse vient s’y fixer à une hauteur donnée. La différence, c’est que les poutres de la terrasse agissent de la même façon (avec un moindre effet tout de même) que les pièces horizontales dont nous avons parlé plus haut : elles barrent les poteaux les uns aux autres, et, par leurs assemblages, ajoutent à la rigidité du bâtiment.

Le toit est très simple dans sa forme et dans ses éléments de charpente, mais vous verrez dans les prochains épisodes de ce blogue que la taille d’arêtiers (qui plus est s’ils se joignent tous au sommet) est très complexe. C’est une des merveilles du métier : ce qui fait la réussite d’un toit du genre, c’est l’apparente simplicité des assemblages, mais ce qui fait cette apparente simplicité, c’est le casse-tête qui se cache derrière! On me dit souvent à quel point il est dommage que tout le travail de sculpture soit caché, et c’est vrai qu’après avoir passé des heures dans l’atelier, la pensée peut traverser l’esprit, mais, en fait, il n’en est rien. Le meilleur moment pour célébrer le travail de taille, c’est au montage, en assemblant les pièces! Ensuite, chaque assemblage joue son rôle et, s’il le fait bien, permet à une beauté plus subtile d’apparaître. C’est celle-ci qui est la plus dure à atteindre!

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Ça prend ça…
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…pour faire ça!

Un des éléments du processus de design qui me plait beaucoup, c’est le choix des dimensions des pièces. Tout constructeur moderne est habitué à utiliser des dimensions standard, c’est-à-dire des multiples de deux pouces. C’est bête, car parfois, c’est un 5×8 que ça prend, comme ici, dans le cas de nos arêtiers. Je dis que c’est bête, parce que les fournisseurs de matériaux n’aiment pas s’éloigner des mesures standard et que ça me cause parfois des ennuis, mais en réalité, c’est une façon tellement simple de donner une identité particulière à un projet. Je vous le garantie: que vous soyez menuisier, cuisinier ou informaticien, vos yeux de nord-américains sont profondément habitués aux dimensions de bois standardisées. Une structure faites de dimensions « sur mesures » attirera un regard différent, ce qui peut être utilisé à bon ou moins bon escient.

En charpente traditionnelle, on tend, avec raison, à choisir des pièces plus grosses que le nécessaire, car le bois ôté dans la taille des assemblage doit être pris en compte. Par exemple, les sablières (poutres horizontales au haut des murs) du pavillon font 6″ par 9″. Pour répondre correctement aux charges verticales apportées par le toit (et la neige), elles auraient pu être plus étroites d’un ou deux pouces (6×8 ou 6×7), mais les assemblages à leurs coins sont probablement les éléments structuraux les plus important du bâtiment au complet, et ceux-ci seraient impossible à bien tailler dans moins de 9 pouces d’épaisseur. Le bois « en trop » qui reste sur les poutres là où il n’y a pas d’assemblage me servira d’espace où aller ajouter des éléments de sculpture qui n’affecteront pas leur intégrité structurelle.

Dimensionner les pièces est donc une étape importante qui aura un gros impact sur la qualité structurelle et sur le « mood » d’un bâtiment.

Tout le bois de la charpente a donc été scié sur mesure puis livré et séché pendant quelques mois. Il s’agit principalement de cèdre blanc de l’est, qui est en fait un thuya. C’est un bois mal-aimé par plusieurs mais que j’adore. Les pièces ont donc récemment été livrées à l’atelier, où j’ai d’abord entrepris une première phase de rabotage, art merveilleux dont je vous livrerai les plus grands secrets lors de la prochaine entrée!

Merci de votre lecture!

2 commentaires sur “Pavillon

    1. Merci pour l’encouragement! Les publications qui s’en viennent sont un peu plus techniques, vous me direz ce que vous en pensez!

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