Encore de nouveaux projets!

Salut à tous!

En ce lendemain de première neige, prenons un instant pour jaser de choses (vaguement) plus spirituelles (c’est que c’est ennuyeux, à la longue, tout ce concret!).

Être travailleur autonome, c’est être constamment à la merci du doute et du stress financier. Je dis stress financier car c’est le plus évident, mais un téléphone qui ne sonne pas pendant trop longtemps, ça joue aussi sur la confiance en soi. Je pense que le métier que j’exerce est particulièrement vicieux à ce niveau. Imaginez un bistro dont le propriétaire observe les chiffres décevants du dernier trimestre. Bien que l’inquiétude puisse s’installer, à tous les jours, des clients vont rentrer dans son établissement et en ressortir satisfaits. Peut-être pas tous, et peut-être pas en aussi grand nombre qu’il y a quelques temps, mais il y a une constance, un mouvement perpetuel de base, sauf dans d’extrêmes cas, évidemment. Dans mon cas, pas de client, c’est pas de client. Ce sont des semaines sans appel, sans aucun projet en tête, sans stimulation.

N’allez pas croire ici que je me plains: j’ai travaillé en restauration et je connais (bien que superficiellement) les défis immenses qu’affrontent les entrepreneurs dans ce domaine ingrât. Je me connais et sais très bien que ce sont des challenges que je ne pourrais personnellement pas relever; j’en profite d’ailleurs pour saluer mes amis restaurateurs 🙂 Mon métier fitte pas pire avec mon caractère, et, jusqu’à date, j’ai été en mesure d’apprécier les défis qui se sont présentés à moi.

Je n’ai besoin, personnellement, que de trois à cinq projets par année pour survivre, dépendamment de leur ampleur. Vous pouvez donc vous imaginer le feeling que je ressens à la signature d’un contrat. À chaque fois, c’est un soulagement, une forte vague de motivation, et surtout un nouvel espace mental qui se crée. Une fois un projet lancé, je vais parfois (ma blonde dirait régulièrement) me réveiller vers deux-trois heures du matin et concevoir, couché dans mon lit, un assemblage du projet en question. J’en fais alors un plan mental et le laisse dans cet espace. De temps en temps, j’ouvre ce tiroir et j’assemble ces croquis intangibles sur un fichier Sketchup en trois dimensions. Je dois absolument laisser une partie de la création (on pourrait appeler ça de la résolution de problème) à mon subconscient, ou à mon intuition. Généralement, ces solutions nocturnes sont imparfaites, elles ne sont pas globales, elles ne tiennent pas compte de toutes les contraintes… mais elles forment la base de mes designs.

En ce moment, ma tête est pleine. En plus des deux projets dont je vous ai parlé récemment, j’ai entrepris la fabrication d’une galerie pour notre maison, et je viens de signer un contrat très intéressant pour cet hiver. Ça fait beaucoup de choses à gérer en même temps, et, évidemment, les projets qui seront réalisés en premier prennent plus de place dans ma tête.

Premièrement, la galerie que je viens tout juste de commencer à fabriquer. Vous pouvez noter le joli crépis de chaux que nous avons appliqué cet été sur la maison de chanvre. Plusieurs amis ont participé à la corvée, je les remercie encore!

 

Je me dois de la terminer avant la neige… pas le pouce et quart d’hier, avant la vraie neige, celle qui colle et qui rentre dans les bottes. L’entreprise de tailler des assemblages en mitaine est un supplice qui ne m’excite pas trop.

Pour l’instant, ça va toujours.

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Pour les journées trop froides, j’ai du petit boulot d’entretien, comme ce manche de ciseau qui, tranquilement, rend l’âme.

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Quelques coups de plus et c’est fini 😦

L’autre projet, lui, sera monté au printemps à Lévis, mais la charpente étant en bois sec (youpi), je vais la tailler cet hiver en atelier. Les plans primaires sont faits, le bois est commandé, c’est vraiment merveilleux.

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Comme je vous le disais au début, c’est pas toujours évident d’être travailleur autonome, qui plus est artisan idéaliste. Certains vont attaquer le problème avec discipline et rigueur exemplaires; je les envie vraiment. Mon caractère à moi m’incite à approcher les variables du métier (et de la vie!) avec une espèce de souplesse psychologique, communément appelée « capacité d’adaptation ». C’est un peu effrayant et déstabilisant, mais ça permet de garder un esprit ouvert.

Bref, après un long silence radio, j’ai tout plein de super projets à réaliser. Jusqu’à maintenant, chaque passage à vide, chaque « entre-projet » un peu trop long, m’aura permis de flirter avec le doute, sans toutefois me laisser le temps de m’y perdre. Très sincèrement, quelle chance!

Dessinons une érablière

 

La semaine dernière, je vous ai présenté les premières esquisses de ce super projet d’érablière… mais depuis, j’ai tout refait.

Le client, lors de notre première rencontre, m’a remis les plans du projet, en m’indiquant ce qui pouvait être modifié et ce qui ne pouvait l’être. Je garde donc la forme générale, un élément de charpente (la ferme de toit traditionnelle), l’emplacement et la taille des ouvertures, la mezzanine (pour stocker l’eau!), et quelques autres détails.

La forme, est constituée de deux structures à toits deux pentes, une à la suite de l’autre, de dimensions différentes mais qui partagent un pan de toit. J’aime bien ce que ça donne, et tout cela a été bien pensé à la base, je ne chercherai pas à modifier cette contrainte.

Pour me simplifier la tâche, j’ai décidé de ne commencer que par la plus grosse structure, celle de l’érablière, celle qui sera murée en bois, et qui possède la charpente la plus imposante. C’est elle qui doit dicter l’esthétique de l’autre.

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Rappel :

un poteau est une pièce de soutien verticale, une poutre est une pièce                                    horizontale.

-une poutre sablière est poutre au haut d’un mur qui reçoit la charpente du toit.

La structure du bas reste très simple. Quatre poutres périmétriques sont soutenues par quelques poteaux. Une cinquième poutre traverse le bâtiment environ au deux tiers de l’espace pour créer la mezzanine. Elle est soutenue à son milieu car le poids des barils d’eau sera important. Cette poutre, ainsi que les deux autres qui lui sont parallèles à chaque extrémité du bâtiment, servent de « barrures » pour la charpente. Normalement, j’utilise pour ce faire des poutres courbes massives qui passent par dessus les sablières des longs côtés. Cette fois-ci, les pièces sont droites et entrent sous les sablières, directement dans les poteaux via des tenons et mortaises massifs (on voit sur le dessin les tenons qui dépassent).

Ces assemblages-là sont donc des points vitaux de la structure. Ils devront être conçus pour résister à l’ouverture du bâtiment, force tranquille mais bien réelle: c’est avec l’accumulation (sur plusieurs décennies) des vents, du poids de la toiture et de la neige, du bois qui sèche et parfois faiblit qu’elle parvient parfois à se révéler. Les longs murs alors s’affaissent latéralement, et on peut voir la ligne du faîte qui perd sa droiture. C’est pas élégant, et ça peut même être structurellement grave. Surtout, une fois le mal fait, c’est extrêmement complexe à réparer sans avoir recours à des techniques modernes (câbles, boulons, plaques d’acier) qui jureront avec les assemblages artisanaux.

Anyways.

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Le toit sur lequel je travaille actuellement est un système de fermes simples avec pannes. Les fermes sont les assemblages de pièces qui forment des triangles (donc qui créent la forme du toit), et les pannes sont les longues poutres horizontales qui traversent les fermes d’un bout à l’autre du bâtiment.

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Je pourrais, par dessus ces pannes, rajouter de petits chevrons, mais les dimensions humbles du bâtiment me permettent de sauter cette étape : de larges et massives planches sont posées directement sur les pannes, et jouent à la fois le rôle des chevrons et du revêtement de plafond.

Viens par dessus tout cela une membrane étanche (non représentée sur le dessin), un croisement de forences qui permettra l’écoulement de l’eau de condensation tout en supportant la tôle, puis des fascias de finition sur chaque façade.

Voilà où j’en suis pour l’instant. Mon plus gros défi maintenant, c’est d’aller marier à tout cela la charpente de la galerie, de façon naturelle, esthétique et simple à assembler. J’espère trouver une solution satisfaisante à vous présenter la semaine prochaine.

Merci de votre lecture!

Sur la table…

Ouf, ça fait un bail!

Marier écriture et travail manuel, c’est agréable et équilibré, mais c’est aussi beaucoup, visiblement 🙂

J’ai, depuis ma dernière entrée ici, complété un petit pavillon en pruche pour un copain (que je vous présenterai dans les prochains temps), travaillé sur quelques projets qui n’avaient pas grand chose à voir avec la charpente, et entrepris des démarches de design pour deux gros chantiers, qui seront réalisés en 2018 et 2019.

Le premier consiste à fabriquer une cabane à sucre en pruche verte sur une grande fermette. J’ai réalisé un premier jet rapide pour le présenter aux clients, et maintenant que nous savons que le projet va de l’avant, je vais me repencher sur mon dessin. On travaille avec une forme très simple et traditionnelle, mais je veux proposer à mes clients différents modèles de charpentes aux esthétiques et styles variées. Il est question de fabriquer, suite à ce projet, une grange sur le terrain, et je souhaite que tous les bâtiments aient une connexion au niveau du design.

Je réalise en me mettant au boulot que j’ai maintenant un style à moi, acquis tranquillement au fil de mes projets, qui se définit de mieux en mieux. Je n’ai pas l’impression, à priori, que ce style-là, un peu japonais, assez carré, soit le « fit » idéal pour une bonne vieille cabane à sucre québécoise, mais je vais tout de même tenter de dessiner cette charpente-là selon mes goûts personnels et mes habitudes de design. Je pense qu’il serait intéressant de profiter du projet pour essayer quelque chose que je connais moins, possiblement la charpente à l’anglaise, qui, théoriquement, est la source (parfois lointaine) du timber frame américain moderne.

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Le premier jet. La partie de droite, utilitaire, sera fermée, celle de gauche aura un toit et servira de galerie.

Voici ce qu’il y a à noter de ce premier jet:

1- Les deux sections sont indépendantes. Au lieu de construire une structure que devra découper notre revêtement et nos finitions, je préfère monter le bâtiment principal, poser son enveloppe aisément et rapidement, puis monter la galerie. Cela permet d’éviter un bon nombre de casse-têtes et permettra de présenter une structure complète visible à l’intérieur comme à l’extérieur. Cela implique évidemment une petite redondance quand on observe le plan de charpente à nu, mais au final, je crois qu’on s’en tirera pour le mieux.

2- Il n’y a pas de faîtière! Comme vous pouvez bien l’observer dans la section de la galerie, les chevrons, au lieu de s’appuyer dans le haut sur une pièce de bois qui longe le sommet de la structure, s’accotent les uns contre les autres (via des tenons-mortaises). Une charpente du genre n’est pas nécessairement moins solide, elle travaille simplement différemment. La très, très grande majorité des vieilles charpentes québécoises n’a pas de faîtière. Certaines se sont affaissées, certaines sont restées bien droites. Le nerf de la guerre, c’est de comprendre comment les charges seront appliquées, et de bien barrer la structure en conséquence. À l’exception des petites bases de fours à pain que j’ai réalisées pour Terra Kama, je n’ai jamais fait de structure du genre. C’était une idée intuitive, on verra bien si elle tient jusqu’à la fin!

3- Tout le contreventement se fait par des jambes de forces. J’essaie normalement d’éviter leur utilisation, mais les clients y tiennent, c’est l’esthétique qu’ils cherchent, et je suis bien d’accord qu’ils ont leur place dans une érablière. J’aimerais trouver une façon de leur donner une allure plus vivante, soit en les courbant à la main, soit en utilisant des pièces de bois un peu tordues, un peu dans la tradition européenne.

D’ailleurs, le client souhaite avoir une shed à bois à côté de la cabane à sucre, en voici un premier jet.

Shed à bois

En voici une version avec un petit toit de plus vers l’avant.

Shed à boisdeuxpentes

Bref, il y a du boulot devant moi, et je publierai ici les grandes étapes de design en vous expliquant mon parcours. Quant à l’autre projet, bien différent et tout aussi passionnant (c’est en béton de chanvre!) qui est dû pour 2019, je vous le présenterai plus tard cet automne.

Merci de votre lecture, je suis curieux de lire vos commentaires sur les dessins, n’hésitez pas à les partager!

Le pavillon est terminé!

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Faisons-en le tour que je vous explique certains détails amusants :

1 – La composition du toit

Lorsque le projet le permet, j’essaie de concevoir des toits intéressants, c’est-à-dire qui ajoutent à la valeur esthétique de la structure par leurs formes, leur épaisseur ou encore leurs textures. Dans ce cas-ci, nous avons décidé de reprendre le même concept que pour le pavillon de méditation balinais construit en 2013. Le toit est formé de 8 couches. Du bas vers le haut :

– la charpente de cèdre, soit les quatre arêtiers et les vingt empannons,

– des pannes horizontales qui viennent lier les empannons et donner une profondeur à la structure,

– des planches de pruche brute verticales qui forment la texture visible de fond vue de l’intérieur du pavillon, et qui rallongent le débord de toit de quelques pouces,

– une membrane autocollante qui assure l’étanchéité de la couverture,

– des montants verticaux permettant une circulation d’air du bas (des fascias) vers le sommet,

– des forences d’épinette comme support aux bardeaux,

– des bardeaux de cèdre comme couverture, et

– des arêtes, des fascias et un chapeau de cèdre comme finition.

Ces huit étages forment un toit riche, à niveaux variés, pour une épaisseur totale (excluant les empannons de la structure) d’environ 5 pouces. Une toiture de bardeaux de cèdre ventilée comme celle-ci aura une bien plus longue durée de vie que si nous avions cloués le cèdre directement sur les planches de pruche. Selon les dires des anciens, ventiler les bardeaux permettra évidemment un séchage en cas de petite infiltration, mais aussi de réduire la température sous la couverture. Les bardeaux de cèdres sont minces et, mal ventilés, le soleil pourrait les brûler en quelques années. J’ai hâte de voir comment va vieillir ce toit!

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Une fois terminé, on peut voir, de cet angle, les empannons, les pannes horizontales, les planches, le fascia et le bout de la première rangée de bardeaux qui se pointe.

2 – Les vues à partir du pavillon

Bien implanter un bâtiment dans un espace, qu’il soit urbain ou naturel, crée de nouvelles vues. La  nouvelle structure doit évidemment être agréable à regarder des points de vues existants, mais l’inverse (ce que l’on voit quand on est dans la structure) est aussi vrai.  Dans ce cas-ci, les pièces de contreventement horizontales qui « ferment » deux des côtés cadrent, selon moi, ces nouvelles vues. Le client et moi, on trouve ça ben ben trippant. Je trouve que ça évoque certaines gravure japonaises très traditionnelles dans les sujets et la technique, mais super audacieuses dans leurs cadrages, comme celles-ci, mettons :

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Le verger de prune, une des cent vues d’Edo par Hiroshige.

Je pousse un peu fort, mais quand même, voyez un peu ce que je veux dire:

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3 – Le plancher

Construire un plancher de bois qui va recevoir de l’eau, de la neige et du soleil, c’est toujours un défi. Je ne connais pas la façon d’en faire un vraiment durable, disons autant que la charpente. Certains m’ont parlé de l’ipé, bois exotique extrêmement dense (et coûteux) qui a une résistance hallucinante aux intempéries. Peut-être qu’un tel matériau pourrait durer 50 ans? 75? Encore plus? C’est possible, et je suis ouvert à l’idée d’expérimenter là-dessus un jour, quand un projet s’y prêtera. Pour l’instant, j’aime mieux considérer le plancher (et la toiture, d’ailleurs) comme un élément de finition séparé, et facilement remplaçable lorsqu’il aura trop vieillit. Je m’aide toutefois en utilisant du cèdre et en lui appliquant un produit de protection naturel. Je lui donne une chance aussi en prévoyant du mieux que je peux le parcours que l’eau fera sur sa surface, ou elle ira s’accumuler et comment elle pourra être évacuée. Ce que j’ai choisi de faire ici, c’est de placer sur le contour de larges planches directement au dessus des poutres de plancher, afin de protéger ces dernières. L’eau peut couler directement vers l’extérieur, ou vers l’intérieur, dans un espace d’environ 3/8ème  de pouce continu qui mène directement au sol. Au centre, là où le plancher est moins exposé, j’ai embouveté les planches et les ai posées à 45 degré (pour des raisons esthétiques). Le bois embouveté à l’extérieur peut être risqué, mais dans ce cas-ci, aucune humidité ne sera emprisonnée trop près de la charpente, et c’est elle que je cherche à protéger. L’eau qui pourrait pénétrer dans les embouvetures du plancher devrait sécher facilement, puisqu’il est à près de 20 pouces du sol et que tous les côtés sont complètement ouverts.

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Vous pouvez bien voir ici les larges planches qui contournent précisément les poteaux, et la mince fente entre celles-ci et les planches du centre. L’angle du plancher central s’harmonise simplement avec le design « ouvert sur deux côtés » du pavillon.

4 – Le mandala

Les trois premières étapes du toit (la charpente, les pannes et les planches) sont visibles de l’intérieur du pavillon, et créent un plafond riche en texture différentes et en profondeur. Ils créent aussi un quadrillage symétrique, à la façon d’un mandala. Pour que l’effet soit réussi, j’ai du tailler le sommet des arêtiers de façon à ce qu’ils créent un point central précis.

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Le délicat joint en plein assemblage…
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…devient le centre du mandala une fois tout installé.

 

Déjà terminé que je commence un autre projet en pruche dont je vous présenterai certains détails dans les prochaines semaines. Merci d’être passé me lire!

 

Outillage, suite

En attendant les photos du pavillon qui viendront, je l’espère, très bientôt, je vous propose de continuer cette semaine la présentation des outils que j’utilise pour la fabrication de charpentes. Je vous avais présenté il y a quelques semaines les outils de coupe, et je vais tenter aujourd’hui de faire le tour des instruments de traçage de base, en commençant par l’équerre.

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Je n’utilise jamais l’équerre pour mesurer. Sa trop grande épaisseur empêche toute précision, et elle serait trop encombrante à utiliser comme règle.

Une équerre est une pièce (de bois ou de métal) en L dont les côtés sont parfaitement perpendiculaire (à 90 degrés). C’est un outil simple, que l’on peut construire en quelques minutes si nécessaire, mais dont la précision est absolument cruciale. Une équerre pas d’équerre, même d’une fraction de degré, ça signifie l’impossibilité de faire des assemblages parfaits. J’utilise une équerre occidentale, trop lourde et pas assez flexible, mais solide et très précise, car je n’ai jamais appris à maîtriser l’équerre japonaise, élégante et légère. Je pense qu’après un certain nombre d’années à travailler avec les mêmes outils, vaut mieux apprendre à apprécier et pousser notre maîtrise que d’essayer de changer de technique. Il existe toujours mieux ailleurs, mais quand on change, même pour mieux, on fait parfois un énorme pas en arrière.

Cet important angle à 90 degrés nous sert donc de troisième référence  lors du traçage des assemblages.  Pourquoi troisième? Eh bien, c’est beau de tracer une ligne à 90 degré… mais par rapport à quoi? Dans mon cas, à une ligne droite sur chaque face de chaque pièce, tracée au cordeau, dont la version japonaise se nomme…

…sumitsubo.

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Ce magnifique outil sculpté est constitué d’une roue autour de laquelle est enroulé un fil très fin, et d’un corps creusé servant de bassin humide au travers duquel le fil vient s’imbiber d’encre naturelle. Au bout du fil, un simple poinçon est planté dans le bois. La corde est tendue entre deux références préalablement mesurées, elle est pincée puis fouettée contre la face du bois, marquant ainsi une ligne parfaitement droite : notre deuxième référence. Au Japon, le sumitsubo est également utilisé comme fil à plomb. En barrant la rotation de la roue, on peut le suspendre et aller confirmer ou marquer des références dans une verticale parfaite.

Mais cette ligne d’encre droite, où est-ce qu’on la tire? Qu’est-ce qui nous en indique les extrémités? C’est le niveau à bulle.

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C’est dans cette étape que se crée le système de traçage que j’utilise. Il s’agit, au bout de chaque pièce de bois, d’aller choisir des mesures de références et de les tracer au niveau. En utilisant le niveau, on s’assure que nos traits, bien qu’à 16 pieds l’un de l’autres, bien qu’écrits sur des poutres croches, tordues, mal équarries, fendues ou bombées… seront parallèles. Ce sont nos premières références, à partir desquelles sont tirées les deuxièmes au sumitsubo, les troisièmes à l’équerre, et les autres au réglet, au compas, ou avec toute autre technique dépendamment de l’assemblage à tailler.

Les dernières semaines furent très chargées, plusieurs soumissions à remplir, quelques petits projets complétés, des allers et retours au chantier du pavillon… les prochains mois s’annoncent plutôt riches!

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui! Merci de votre visite et n’hésitez pas à poser vos questions/laisser un commentaire!

Arêtiers

Salut à toi, généreux lecteur. Encore une fois, tu prend le temps de lire ce long texte hebdomadaire sur un sujet qui ne t’intéresse peut-être même pas tant que ça (à la base!). Les minutes que tu t’apprêtes à passer devant ton écran sont précieuses pour moi, je te remercie très sincèrement 🙂

 

This week on the show : la taille d’arêtiers réguliers, premier réel défi de mathématique du métier. Bien que le cerveau géométrique du charpentier se doive d’être pas mal toujours allumé et que le traçage quotidien soit parsemé d’opérations mathématiques élémentaires, il reste assez simple de fabriquer une structure dont tous les angles sont à 90 degrés, et dont le toit est constitué de deux pentes, l’une contre l’autre (toits à pignons).

Les toits modernes sont presque invariablement composés de pentes normalisées de 1 à 12 sur 12 (échelle un peu bâtarde qui relègue le concept de degrés à la haute science…), mais il n’est pas rare pour les rénovateurs de travailler sur de vieux bâtiments agricoles dont les pentes de toits ne semblent basées sur aucune logique mathématique (36.8 degrés d’un côté, 7,4/12 de l’autre…). J’en déduis qu’on construisait avant selon la longueur des pièces disponibles et en allant chercher le maximum de volume. Ces constructeurs sont parvenus à leur fins sans calculatrice, sans méthode de calcul d’angles… et très fréquemment sans mathématique tout court.

Les structures aux pentes de toits composées (toit à quatre pentes, situations de lucarnes, mansardes, rencontres de deux toits en L… etc.) sont bien plus délicates à fabriquer. Toutes les pièces qui composent la jonction entre les pentes de toits devront être taillées selon des angles dits « composés » qui, à la différence des autres, auront une allure étrange et probablement contre-intuitive pour le néophyte. Évidemment, si ces pièces de bois ne sont pas liées entres elles par assemblage, mais simplement coupées de façon rudimentaire et fixées par des clous, une longue séance d’essais et erreurs pourrait suffire. C’est d’ailleurs de cette façon que bon nombre de vieilles charpentes sont construites au Québec.

Cependant, quand on cherche à fabriquer ces toits en bois assemblé, il faut impérativement avoir une méthode de traçage. Celle-ci est une des clés des différents styles architecturaux à travers le monde : la méthode est intimement liée au résultat! Un œil averti peut détecter quelle méthode de traçage a été utilisée sur un projet installé, par les formes, le style, la précision des coupes, les assemblages choisis, etc.

Ma méthode, c’est un peu n’importe quoi, parce que j’ai appris par moi-même. Elle consiste à copier ce que j’ai pu saisir de celle des japonais, à utiliser la trigonométrie via une calculatrice et à y rajouter ma logique, mes intuitions, mais aussi mes contraintes personnelles. Elle n’est pas statique, elle est « fine-tunée » à chaque projet. Il m’arrive d’être déçu de n’avoir aucune formation traditionnelle complète, mais m’arrêter à cette déception, ce serait nier toute la rigidité esthétique et technique qui vient avec une telle discipline. J’ai tout de même le luxe de pouvoir créer mes propres chemins sans savoir à quels résultats ils me mèneront.

Donc, les arêtiers.

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J’ai acheté mon sumitsubo chez une antiquaire de Kochi, sur l’île de Shikoku. Il m’a coûté 10$, doit avoir une bonne centaine d’année… et il fonctionne parfaitement.

Comme je l’avais mentionné lors du texte sur le rabotage, mes quatre arêtiers ont été dégauchis (un ami cette semaine me faisait la remarque que le terme adéquat pour la tâche qui consiste à redresser une pièce de bois déjà sciée et à ramener ses côtés à angles bien droits est le «dégauchissage » bien plus que l’ « équarrissage », pardon, c’est bien vrai!). J’ai également tracé des lignes de références sur mes faces au sumitsubo (cordeau à tracer – ou chalk-line – japonais). Je dois maintenant tailler à chacun un « chapeau » sur la face du haut, dont les deux pans viendront épouser les pentes de toits.

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Vous pouvez voir le chapeau tracé en bout.

 

Ces arêtiers sont réguliers, c’est-à-dire qu’ils rencontrent le coin du bâtiment à 45 degré (en plan) et que les quatre pentes de toits sont identiques. S’il en était autrement, ce chapeau sur le dessus de la pièce serait inégal et/ou décentré.

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Le dégrossissage des coupes du chapeau est une des rares utilisations de la scie circulaire.

Une fois cette tâche effectuée, j’ai deux assemblages à tailler : celui du haut où les quatre arêtiers se rencontrent, et celui du bas, à la jonction avec le mi-bois des sablières dont je vous ai présenté la fabrication à la dernière publication.

Concentrons-nous seulement sur celui du bas, car il est plus clair visuellement (et que celui du haut est un secret!).

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Le traçage est évidemment l’étape la plus complexe et cruciale.

Je vous simplifierai les explications du traçage en ne vous disant que ceci : les lignes de centre de mes sablières sont rapportées précisément sur mon arêtier via la magie de la trigonométrie appliquée. Les emboîtements devant être coupés seront donc tracés selon ces lignes de références maintenant présentes sur mes sablières et sur mes arêtiers. Théoriquement, si je coupe précisément au milieu de mes traits, le tout devrait s’imbriquer parfaitement, avec quelques coups de maillet.

La première étape consiste à amincir la partie protubérante de la pièce, détail esthétique. On retrace ensuite sur cette nouvelle face les lignes nécessaires… puis on coupe!

L’arêtier terminé, il faut entailler les sablières.

Le premier test est concluant: la pointe de l’arêtier est bien appuyée contre le coin des sablière, c’est le plus important.

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Au final, après quatre jours de travail (pour l’assemblage du haut également) tous les arêtiers s’emboîtent bien, deux d’entre-eux un peu trop bien dans le bas. Après une courte inspection j’ai conclu qu’il ne s’agit pas d’une erreur de traçage comme d’une petite imprécision dans certaines coupes. Il n’y aura aucune conséquence structurelle, mais il faut savoir qu’un jeu dans un assemblage va chercher à s’agrandir avec le temps, pas le contraire. Dans ce cas-ci, ça signifie un petit jour sur le côté de deux arêtiers. Je n’aime pas particulièrement ça, mais ça reste vraiment correct et je me réjouis que tout le reste se soit si bien passé!

Merci d’être passé me lire, revenez bientôt pour des photos du montage!

Assemblages

Salut! Le retard de cette semaine est dû à un petit rush de travail pour terminer le projet de pavillon… que nous livrons demain! Je vais vous expliquer la semaine prochaine la conception des arêtiers, puis, si tout va bien, vous aurez à la suivante des images du montage! Mais pour tout de suite…

Comme je vous l’ai expliqué lors d’un texte précédent, la charpente massive se distingue des autres types de structures de bois par sa façon de connecter ses différents éléments entre eux. Au croisement d’une poutre et d’un poteau, par exemple, se trouve ce que l’on appelle un assemblage (ou plus familièrement un « joint »). Cet assemblage consiste en une sculpture, généralement sur chacune des pièces qui le composent, qui permettra leur imbriquement lors du montage, et pour la durée de la vie de la structure.

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Les poutres sablières du pavillon sont assemblées entres-elles par « mi-bois ». En voici une déjà tracée.

Tout d’abord, je dois vous faire comprendre l’importance cruciale du bon design et de la bonne exécution des assemblages. Quand on me demande de dessiner une structure, je dois évidemment garder en tête, en plus de toutes les considérations esthétiques, pratiques et budgétaires, la logique structurelle sur laquelle le bâtiment va reposer. On pourrait dire que cette logique structurelle est divisée en trois éléments : la force individuelle suffisante de chaque pièce de bois (dont nous avons rapidement parlé lors du post no.4), la forme du squelette que celles-ci forment, et les assemblages particuliers à chaque jonction.

Parfois, un choix judicieux d’assemblages de qualité bien exécutés permettra à mon squelette de prendre des formes particulières, un peu audacieuses, d’intégrer de plus grandes portées ou encore de réduire la quantité de certains éléments (nombre de chevrons ou de jambes de force, par exemple). À l’inverse, un squelette sobre dans ses formes, linéaire et généreux en pièces peut ôter de la pression structurelle sur chaque assemblage : ceux-ci pourront prendre leur forme la plus simple et être exécutés plus rapidement. D’ailleurs, poussée à l’extrême, cette dernière direction nous mène aux constructions modernes aux très nombreuses pièces de 2×4 assemblées très sommairement!

Je prend un moment ici pour vous partager une observation sur la charpenterie dite « traditionnelle » moderne, dont les squelettes de charpentes, approuvés par des ingénieurs, sont cohérents et logiques, mais qui ne comportent que des joints normalisés et  dont les variantes sont limitées à quelques modèles. Nos ingénieurs sont évidemment tout à fait qualifiés pour concevoir et vérifier des structures de bois massif, mais ils n’ont pas l’habitude de prendre en compte les assemblages. Cette vieille science n’est évidemment pas enseignée de nos jours.

La simplification et normalisation des assemblages est une tendance évidemment poussée par des soucis économiques que je ne nie pas, et que je respecte, mais que nous devons tout de même chercher à dépasser.

Chaque situation est unique. D’un projet à l’autre, tout est différent : la forme du bâtiment, la pente du toit, les portées et la taille des pièces, les charges de neige, la force des vents, l’essence du bois, son taux d’humidité et même la qualité et la densité des fibres qui se trouvent dans chaque morceau.

Si j’ai un conseil à donner à quelqu’un qui décide de se lancer dans la charpente de façon artisanale, c’est de bien visualiser tous ses assemblages, et d’oser douter de ses choix primordiaux. Il n’y a à peu près aucune règle absolue en charpente : tout est du cas par cas. Que va-t-il se passer si j’ôte du bois ici? Comment le bois va-t-il vouloir tordre? Quelle sont les forces qui atteignent cet endroit? L’assemblage est-il capable de les prendre à long terme? Quelles sont les faiblesse inhérentes à cette poutre de pruche imparfaite? Quelle est la meilleure façon de barrer ce joint?

Se poser constamment ces questions, c’est se mettre en état d’observation, ça pousse à vouloir comprendre comment le bois travaille, quelles sont ses forces et faiblesses et comment les valoriser/contourner. La clé, c’est le doute. Il ne faut pas tailler en prenant pour acquis. Comme disent les menuisiers en chantier : measure twice, cut once. Dans le cas de pièces massives qui recevront des heures et des heures de sculpture et qui vont nécessairement coûter cher à nos clients, nous devons absolument réfléchir suffisamment avant de couper! Évidemment, le temps de réflexion en design est long lors des premiers projets et diminue avec l’expérience, mais c’est important pour moi de ne jamais me fier complètement à mes acquis.

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Après quelques coupes de plus et un travail connexe sur l’autre sablière, le joint assemblé ressemble à ça, vu de haut. Les emboîtement à angles vont freiner la torsion des poutres au fil des années et donnent à l’assemblage une plus grande surface de friction, ce qui signifie plus de rigidité. Remarquez que bien que les faces (inégales et croches) des poutres ne se rejoignent pas toujours aux mêmes points, le joint est bien serré là où il doit l’être, c’est-à-dire le long du mi-bois et des emboîtements. 

Je vous remercie de votre lecture!

Rabotage

Bon début de week-end à vous chers lecteurs. Je me lance cette semaine dans le rabotage, art négligé, difficile, un peu méditatif, et presque magique lorsque pas complètement frustrant.

Raboter, c’est l’action de trancher une fine couche d’une superficie donnée de bois. Le but de cette action est généralement de dimensionner une pièce (lui donner une géométrie particulière, appelons cela « équarrir ») ou de lui donner une finition esthétique (faute d’un meilleur mot, disons « polir »). C’est le même outil qui réalise les deux actions, mais rapidement un problème survient:

  • Pour polir une surface, il faut trancher la plus fine couche de bois possible.
  • Pour équarrir ou amincir une pièce efficacement, il faut généralement trancher plus épais, histoire d’atteindre des résultats rapidement.
  • Plus on ôte de bois en un coup de rabot, et plus la lame de celui-ci se désaffûte.
  • Pour trancher une fine couche de bois, une lame doit être parfaitement affûtée.

Bref, pour éviter ce cercle vicieux, il est pas mal judicieux, sinon nécessaire, d’avoir à sa disposition un minimum de deux rabots, un pour équarrir et un pour polir.

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Mes deux rabots standard (Hira-Kanna), un Tsunesaburo 80mm et un Koyama 64mm

Il est intéressant de différencier rabotage et planage, deux techniques à priori très similaires. Le rabotage est l’action d’une seule lame qui se déplace en ligne droite contre la surface qu’elle rabote. Le planage est l’action d’une ou de plusieurs lames fixées à un système rotatif très rapide qui viennent frôler à chaque tour une plus ou moins grande partie de la surface de bois (dépendamment de la vitesse de déplacement du bois). Le planage, en théorie, est un excellent système qui permet de contourner certains des pires problèmes du rabotage. En pratique, la majorité du bois plané doit tout de même être sablé par la suite, car rares sont les planeurs assez bien ajustés, bien aiguisés et puissants pour ne pas laisser de marques.

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Planeur électrique, ici à deux lames. (propriété de Handyman)

 

J’utilise les rabots presque uniquement dans un but de finition. N’étant pas ébéniste, les pièces de bois que j’utilise sont trop massives pour que je leur donne une géométrie parfaite. Cela prendrait un séchage complet, une qualité de bois que je ne peux pas demander continuellement et trop de temps passé au rabot. À la place, j’ai un système de traçage qui simule une pièce parfaite à l’intérieur de mes pièces imparfaites. Cela pose des casses-têtes particuliers, mais permet une liberté dans le choix des essences et de la qualité du bois requis, ce qui a aussi un intérêt au niveau écologique. La majorité des charpentiers ont une méthode de traçage du genre, plus ou moins poussée. C’est un aspect du métier, et un des plus challenging au niveau cognitif.

Comme je n’ai pas besoin de pièces parfaites, je rabote mon bois pour lui donner un aspect lisse, et par le fait même, d’une certaine façon le protéger. C’est un des secrets les plus fantastiques de la charpente japonaise : les poteaux et poutres des structures extérieures sont rabotées à la perfection et ainsi, les fibres du bois franchement tranchées absorbent beaucoup moins l’eau qui les atteint (versus des bois sablés ou bruts). Traditionnellement, aucune huile, cire ou vernis n’est appliqué sur le bois de charpente au Japon… et c’est là-bas que l’on retrouve le plus de structures de bois ayant traversé les siècles. Il faut tout de même mentionner la qualité et la résistance hallucinante du hinoki , cèdre japonais aux fibres serrées utilisé pour les temples depuis plus de mille quatre cent ans.

Revenons donc à nos moutons. J’ai à raboter, pour le projet de pavillon, 4 poteaux, 10 poutres et 20 chevrons de cèdre, puis 4 arêtiers de pin blanc. J’utilise donc mes deux rabots, un pour adoucir la surface (brute à la base) et l’autre pour atteindre une finition quasi-satisfaisante. Une fois le travail fait, des lignes seront tracées et des assemblages taillés puis, quand tout sera testé et prêt à livrer, je repasserai un coup de rabot de finition parfaitement affûté, afin d’atteindre cette fois un fini complètement satisfaisant.

On part donc de ça :

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Ouache

Pour passer par ça avec le premier rabot :

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Bof

Puis par là avec le deuxième :

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Voilà qui est mieux!

Comme les scies japonaises, ces rabots s’utilisent en tirant vers soi, et comme pour les scies, c’est un geste bien particulier. Le corps du rabot, en chêne, n’est qu’un bloc droit dans lequel est taillé un espace pour la lame et la contre-lame (d’ailleurs, avec la petite clé de métal qui retient la contre-lame, ce sont là toutes les composantes de l’outil!). Sa surface inférieure semble droite, mais en fait, elle ne l’est pas. Il faut s’assurer, à l’aide d’un grattoir à lame ou d’un ciseau à bois, d’aller creuser la surface sur sa quasi-totalité dans le but de ne laisser que deux points légèrement protubérants (environ 1 mm) : le nez du rabot, et un espace d’environ un demi-pouce tout juste avant le tranchant. Cette forme permet au raboteur de maintenir une forte pression vers le bas entre les deux points lorsqu’il tire l’outil, créant une infime mais précieuse tension dans le corps de chêne. Cette force est donc répartie entre les deux points uniquement, ce qui favorise l’atteinte d’un point de contact entre la lame et toute la surface du bois. Tout ceci est très technique et peut même sembler tirer vers le charabia, mais détrompez-vous : un rabot japonais parfaitement maîtrisé peut faire des coupes de deux microns d’épaisseur. À titre comparatif et aussi pour le fun, un cheveu humain fait environ cinquante micron, un globule rouge, cinq!

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Schéma d’un rabot, avec les points de contacts exagérés. Comme vous pouvez voir, y’a pas de scanner à l’atelier et je suis bof-bof en dessin 😉

Je n’en suis pas encore là. Raboter, pour moi, représente encore régulièrement un défi. À l’exception de quelques pièces claires de nœuds sciées en quartier sèches et magnifiques, je cours toujours le risque de tomber dans le même piège : les déchirures. Dès que l’on travaille contre les fibres, celles-ci ont tendances à être soulevées et « emportées » par la lame, au lieu d’être simplement tranchées. La contre-lame est là pour nous aider dans ces situations. Placée un chouia après la lame, elle brise les fibres capricieuses et annule leurs tensions. Donc, en théorie, il faut: une lame super affûtée, trancher de très fines couches de bois, bien placer la contre-lame (on parle de quarts de millimètres) , appliquer une pression solide et constante, travailler à grande vitesse, et s’assurer de la géométrie parfaite du corps du rabot. Si le moindre de ces éléments n’y est pas, pouf, ça déchire, c’est pas beau, on recommence!

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Qui a dit qu’un nœud c’était pas beau? Le rabotage de finition fait ressortir le grain et les couleurs, et peut créer d’impressionnantes illusions de profondeurs.

Dans le projet actuel, j’ai d’abord raboté, tracé et taillé toute la base, c’est-à-dire les poteaux et les poutres. Comme je l’ai mentionné plus haut, je n’ai fait qu’un polissage, je n’ai pas changé la géométrie des pièces. Comme celles-ci sont toujours assemblées selon des angles simples, je parviens à créer des joints précis. Cela dit, lorsqu’on arrive aux arêtiers, ce n’est plus la même histoire…

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En rouge: un arêtier. Il fait la jonction entre les pentes du toit, les angles de ses assemblages sont donc « composés ».

Les arêtiers sont des pièces à angles composés, c’est-à-dire qu’ils sont pivotés sur deux axes. Dans le cas qui nous intéresse, ces pièces sont le résultat de la rencontre de deux pans de toits qui  ne vont pas dans la même direction. Évidemment, tracer et tailler ces pièces représente un défi de géométrie appliquée. Les dernières fois que j’ai réalisé ce type d’ouvrage, j’ai approché mon rabotage de la même façon que pour le reste des pièces. J’ai atteint des résultats corrects, mais définitivement moins contrôlés et précis que pour des situations d’angles simples. J’ai d’abord cru que c’était simplement du à la complexité dans les calculs d’angles et leur coupes… pour finalement me rendre compte que ce qui causait cette inconsistance dans les résultats était la géométrie imparfaite de mes pièces. Dans une situation d’angle composé, mes lignes de centres (ma technique de traçage) ne parviennent plus à me fournir une référence suffisante : j’arriverai toujours à des assemblages qui fonctionnent, mais dont les détails sont grossiers. J’ai donc décidé, pour ce projet, d’utiliser mes rabots pour équarrir mes arêtiers. Deux d’entres eux  étaient tordus, j’ai du y passer un peu de temps (environ une heure chacun). Les deux autres étaient dociles, relativement droits et peu noueux, ça a été un charme.

Raboter, ça fait tout un bordel dans l’atelier. En quelques minutes, il s’accumule au sol une dizaine de pouces de feuillures de bois toutes entortillées qui rentrent dans mes bottes, qui s’agrippent à mes pantalons, et surtout dans lesquelles je perds vraiment trop souvent mon petit maillet de bois, celui qui sert à ajuster mon rabot. Car oui, les rabots japonais ne s’ajustent qu’en donnant de petits coups de maillet : sur le dos de la lame pour qu’elle descende plus, sur l’arrière du dai (le corps en chêne) pour qu’elle remonte. C’est si simple, et pourtant, rarement dans ma (courte) vie un objet utile ne m’a autant fasciné. Ce qui se dégage d’un outil au design centenaire extrêmement perfectionné et fabriqué avec savoir-faire et minutie, c’est une impression de puissance phénoménale. Ce qui est vraiment merveilleux, c’est que cette force-là est libérée directement par l’artisan. C’est un bon feeling.

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Merci de votre visite, vos commentaires sont, comme toujours, les bienvenus!

Pavillon

Salut à tous!

Je vous présente aujourd’hui mon projet actuel, que je vous décrirai étapes par étapes et de façon plus technique dans les prochaines semaines.

Je sous-loue actuellement un espace de travail au village de Sutton pour y tailler la charpente d’un pavillon de jardin en cèdre et pin. L’étape de la taille, bien qu’étant longue et dynamique, n’est pas la première d’un projet. Celui-ci a débuté à l’automne dernier quand mes clients et moi avons dessiné la structure et que le bois a été acheté. C’est un projet simple, assez typique de ce que nous réalisons habituellement, et ainsi tout s’est fait assez rapidement, mais il faut parfois de nombreux mois de travail avant de passer une commande de matériaux, et, quand la situation le permet, quelques années de séchage pour permettre au bois de se stabiliser avant qu’il soit taillé.

Il s’agit d’une structure carrée de 9 pieds de côté au sol, avec un plancher surélevé et un toit à quatre pentes qui sera couvert de bardeaux de cèdre. Il s’agit d’une version désorientalisée (et même désorientée!) d’un pavillon réalisé en 2014. Nous avons baissé le plancher, équarrit les poteaux, accentué la pente du toit et ôté la courbe de celui-ci. Les quelques détails ornementaux qui s’ajouteront seront aussi dans une esthétique différente. Nous avons gardé la même composition de toit, qui est agréable à regarder d’en dedans comme d’en dehors.  Nous avons aussi conservé des éléments-clés : toit à pentes composées, débords de toit généreux, poutres sablières assez basses, bois fini au rabot.

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Je disais désorienté, car le bâtiment est implanté de biais, de façon à ce que deux des côtés soient ouverts et que les deux autres soient fermés. Comme vous pouvez le voir sur la modélisation, il ne s’agit pas de fermer un mur, mais de condamner l’accès via une pièce de bois horizontale à hauteur d’une main courante. La présence de cette pièce sur deux côtés aux axes différents nous permet de contreventer le bâtiment sans l’utilisation de pièce à angle, communément appelée « jambe de force », ou encore « brace » en anglais. Ces éléments angulés ne me plaisent pas à prime abord, mais il sont parfois complètement inévitables. Il s’agit alors de les intégrer adéquatement, ce qui n’est pas nécessairement facile. Je suis toujours heureux de pouvoir fabriquer une structure libre de jambe de force, j’en fais ma marque de commerce. Dans ce cas particulier, les pièces horizontales pourront servir de supports à un comptoir de frêne sur lequel sera, on l’espère, déposés verres de vins, romans, lunettes de soleil et autres objets agréables.

 

Encore dans le but de contreventer la structure tout en ajoutant à son apparence, le plancher et sa structure sont parties intégrantes du pavillon, c’est-à-dire qu’au lieu de déposer les poteaux sur une terrasse indépendante préfabriquée, ceux-ci sont directement posés sur les pieux de fondation et la structure de la terrasse vient s’y fixer à une hauteur donnée. La différence, c’est que les poutres de la terrasse agissent de la même façon (avec un moindre effet tout de même) que les pièces horizontales dont nous avons parlé plus haut : elles barrent les poteaux les uns aux autres, et, par leurs assemblages, ajoutent à la rigidité du bâtiment.

Le toit est très simple dans sa forme et dans ses éléments de charpente, mais vous verrez dans les prochains épisodes de ce blogue que la taille d’arêtiers (qui plus est s’ils se joignent tous au sommet) est très complexe. C’est une des merveilles du métier : ce qui fait la réussite d’un toit du genre, c’est l’apparente simplicité des assemblages, mais ce qui fait cette apparente simplicité, c’est le casse-tête qui se cache derrière! On me dit souvent à quel point il est dommage que tout le travail de sculpture soit caché, et c’est vrai qu’après avoir passé des heures dans l’atelier, la pensée peut traverser l’esprit, mais, en fait, il n’en est rien. Le meilleur moment pour célébrer le travail de taille, c’est au montage, en assemblant les pièces! Ensuite, chaque assemblage joue son rôle et, s’il le fait bien, permet à une beauté plus subtile d’apparaître. C’est celle-ci qui est la plus dure à atteindre!

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Ça prend ça…
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…pour faire ça!

Un des éléments du processus de design qui me plait beaucoup, c’est le choix des dimensions des pièces. Tout constructeur moderne est habitué à utiliser des dimensions standard, c’est-à-dire des multiples de deux pouces. C’est bête, car parfois, c’est un 5×8 que ça prend, comme ici, dans le cas de nos arêtiers. Je dis que c’est bête, parce que les fournisseurs de matériaux n’aiment pas s’éloigner des mesures standard et que ça me cause parfois des ennuis, mais en réalité, c’est une façon tellement simple de donner une identité particulière à un projet. Je vous le garantie: que vous soyez menuisier, cuisinier ou informaticien, vos yeux de nord-américains sont profondément habitués aux dimensions de bois standardisées. Une structure faites de dimensions « sur mesures » attirera un regard différent, ce qui peut être utilisé à bon ou moins bon escient.

En charpente traditionnelle, on tend, avec raison, à choisir des pièces plus grosses que le nécessaire, car le bois ôté dans la taille des assemblage doit être pris en compte. Par exemple, les sablières (poutres horizontales au haut des murs) du pavillon font 6″ par 9″. Pour répondre correctement aux charges verticales apportées par le toit (et la neige), elles auraient pu être plus étroites d’un ou deux pouces (6×8 ou 6×7), mais les assemblages à leurs coins sont probablement les éléments structuraux les plus important du bâtiment au complet, et ceux-ci seraient impossible à bien tailler dans moins de 9 pouces d’épaisseur. Le bois « en trop » qui reste sur les poutres là où il n’y a pas d’assemblage me servira d’espace où aller ajouter des éléments de sculpture qui n’affecteront pas leur intégrité structurelle.

Dimensionner les pièces est donc une étape importante qui aura un gros impact sur la qualité structurelle et sur le « mood » d’un bâtiment.

Tout le bois de la charpente a donc été scié sur mesure puis livré et séché pendant quelques mois. Il s’agit principalement de cèdre blanc de l’est, qui est en fait un thuya. C’est un bois mal-aimé par plusieurs mais que j’adore. Les pièces ont donc récemment été livrées à l’atelier, où j’ai d’abord entrepris une première phase de rabotage, art merveilleux dont je vous livrerai les plus grands secrets lors de la prochaine entrée!

Merci de votre lecture!

Outils de charpentier

Salut!

Maintenant que tout le monde a une idée de ce qu’est une charpente, qui plus est massive, on peut commencer à jaser du comment qu’on fait ça. Chaque jonction entre deux (ou plus) pièces de bois consiste en un assemblage, c’est-à-dire que chacune de ces pièces sera sculptée de façon à s’imbriquer avec l’autre, Lego-style. Ce qui nous intéresse, aujourd’hui, c’est avec quoi tailler ces assemblages.

J’ai eu la chance en 2013 d’aller au Japon et de rencontrer des forgerons d’outils de menuiserie. Je leur ai passé différentes commandes et je suis revenu au pays avec un kit de base, auquel s’ajoute régulièrement des pièces ici et là. C’est un revendeur d’outils australien, Stuart Tierney, qui a rendu possible cette expérience. Lui-même est basé au Japon, sur l’île de Shikoku, et son entreprise consiste à faire le (souvent difficile) lien entre clients internationaux et artisans forgerons japonais. Il m’a aidé à organiser une journée de rencontre avec trois artisans, et m’a remis en personne les outils quand ils furent prêts. Stuart est ma principale ressource lorsqu’il s’agit d’acheter tout ce qui a trait aux outils japonais. Voici son site si l’envie vous prend de faire de folles dépenses: www.toolsfromjapan.com

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La forge de Koyama-san (son bandana bleu au premier plan!) que j’ai visité en 2013. Son employé est en train de travailler un ciseau à bois au marteau mécanique.
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M. Uozumi, fabriquant des réputés rabots Tsunesaburo, et moi-même, un peu pompettes en train de jaser au bar en attendant nos yakitoris. 

Il ne sera question ici, histoire de nous contraindre un peu, que des outils absolument nécessaires à la taille d’une charpente de bois (à partir de poutres déjà équarries ou sciées). En voici la courte liste :

Une scie

Un ciseau à bois

Un maillet

Une pierre à aiguiser

Un vilebrequin

Une équerre

Un ruban à mesurer

Un crayon

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Il suffit d’un investissement de quelques centaines de dollars pour se lancer dans la fabrication de charpentes massives assemblées.

Avec ces outils, il est théoriquement possible de fabriquer la grande majorité des assemblages principaux, et, donc, à peu près n’importe quelle structure de bois.

Les scies japonaises coupent, à la différences des nôtres, sur le mouvement du retour vers soi. La différence est évidente et convaincante à l’essai, d’où la grande popularité de ce type de lame partout dans le monde. Il est toujours plus facile de ramener précisément un objet vers soi que de le propulser vers une cible à distance. La scie, lorsqu’on la tire, veut toujours revenir vers soi. L’ouvrier se place donc derrière sa coupe, bien centré, et peut mettre toute sa force sur la scie sans craindre que celle-ci ne dévie de sa course. Cette aisance permet un avantage dans le design de la scie : étant moins sujette aux problèmes de contrôle, elle peut être beaucoup plus fine, et ainsi trancher beaucoup plus vite (car elle a beaucoup moins de bois à couper!). Cela dit, gare à celui qui repousse la lame avec la même force qu’il la tire : si elle rencontre la moindre résistance, elle peut plier et même briser d’un coup sec. C’est un rythme fascinant: lorsqu’on tire, on met toute la gomme, et quand on pousse, on relâche la tension, soulève un peu la lame et la glisse délicatement vers le fond du trait. Utiliser une scie japonaise demande donc de rester en tout temps alerte (ce qui est une bonne chose de toute façon quand on scie!), mais offre une précision et une vitesse de coupe inégalée.

Un tenon de trois pouces par sept pouces avec épaulement se coupe en six traits de scie. C’est un exemple parfait où l’outil manuel peut être plus rapide que la machine. Une scie ronde ne peut tailler un tel tenon entièrement, il restera toujours une section à terminer à la main. Parfois, la simplicité d’utilisation l’emporte. Pas de masque, pas de coquille, pas de fil éléctrique, pas de poussière.

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Quand les fibres du bois sont droites, saines, sans nœuds et bien sèches, il est possible de scier directement à la ligne pour obtenir la bonne dimension immédiatement. Sinon, quelques coups de ciseau seront nécessaires, comme sur cet exemple.

Le ciseau à bois est mon outil préféré, peut-être parce que jusqu’à l’âge de 18 ans, je ne savais pas du tout ce qu’était un ciseau à bois. N’en ayant jamais vu (on vient de loin!), j’essayais de m’imaginer quelle forme pourrait avoir un couteau pour le bois. J’en ai finalement récupéré deux ou trois dans les vieux outils de mon grand-père, et j’ai été charmé par l’élégance et la simplicité du design. Un ciseau à bois, c’est un tranchant droit, un manche droit et c’est pas mal tout. C’est si simple, et pourtant si délicat à utiliser, du moins à maîtriser. Mis à part des différences au niveau de la forge, les ciseaux à bois sont grosso modo pareils partout sur terre. Leur utilisation ne s’explique pas. La première mortaise que j’ai creusé était horrible, chaque fibre était arrachée, il n’y avait aucune face plane et la tâche avait été pénible et terriblement longue. Aujourd’hui, mes mains savent bien mieux où aller, elles connaissent les pressions qui doivent être appliquées, les angles de coupes efficaces…

Surtout, le ciseau a bois est l’outil qui en dit le plus, selon moi, sur le bois. Connaître une essence de bois, c’est (entre autre) savoir comment la travailler sans que ce ne soit un combat. Ce n’est pas seulement une question d’observation du sens des fibres et de leur densité, mais une habitude, une relation, un peu comme jouer d’un instrument de musique ou maîtriser la cuisson des aliments. Ça s’apprend en le faisant.

Le maillet, simplement, sert à frapper sur le ciseau à bois. Il n’a qu’à être confortable et d’un poids adéquat. Les charpentier occidentaux utilisent souvent des maillets de bois, que je trouve personnellement bien trop léger pour leur taille. J’utilise simplement des marteaux japonais en acier, mais n’importe quel marteau ferait l’affaire.

La pierre à aiguiser est absolument nécessaire, car un ciseau à bois émoussé est tout simplement inutilisable, parfois même dangereux. L’art de l’aiguisage est un monde en soi, fascinant et ardu. De très nombreux objets tranchants modernes sont conçus pour ne pas avoir à être aiguisés (c’est-à-dire qu’ils sont fait d’aciers trop durs dont le tranchant durera longtemps, mais qu’ils seront par la suite rendus obsolètes et jetés), c’est dire à quel point c’est un élément important. Un ciseau à bois aiguisé à la pierre peut durer des décennies à un menuisier professionnel, si celui-ci accorde de nombreuses heures de travail à son entretien.

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Un de mes ciseaux, qui après 4 ans d’usure est encore comme neuf.
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Un ciseau à la moitié de sa vie.
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À la fin, la lame est si courte que le ciseau n’offre presque plus d’appui… ces ciseaux courts ne sont utilisables que par ceux qui leur ont donné leurs formes…

Le vilebrequin est une perceuse manuelle, qui, équipé d’une mèche affûtée, transperce 6 pouces de cèdre en moins d’une minute. Il est nécessaire d’avoir un outil pour faire des trous, car plusieurs assemblages sont barrés avec des chevilles de bois franc. Personnellement, je perce des trous ronds avec l’humble (et un peu croche!) vilebrequin de mon grand-père, puis, au ciseau à bois, j’équarrie ces trous pour y insérer des chevilles carrées, autre élément esthétique emprunté au Japon, mais aussi à l’ébénisterie occidentale. Si vous avez une armoire de pin antique québécoise traditionnelle chez vous, allez jeter un coup d’œil: les chevilles seront très probablement carrées.

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Trou carré dans un poteau de pin blanc pour une cheville de cerisier. Une fois nettoyé au ciseau, on ne voit plus l’oeuvre du vilebrequin.

Il faut nous rendre à l’évidence : je n’aurai pas le temps de parler de tout sans en endormir quelques-uns 🙂 Remettons les outils de traçage à une autre fois. D’ici-là, une prochaine entrée sera consacrée à vous présenter le pavillon que je suis en train de fabriquer.

Merci de votre lecture! Vos commentaires sont toujours les bienvenus!